Grand-prix de push-cars : bien plus qu’une course, un projet d’éducation

Le 27 juillet avait lieu, à Issoire (Puy-de-Dôme), la troisième édition du grand-prix de push-cars, ces petites voitures de bric et de broc fabriquées par les enfants et qui avancent à la force des bras et des jambes. Au-delà de la compétition, l’événement a été l’aboutissement d’un projet développé par les Francas dans les espaces de loisirs de la région. Récit d’une journée festive, haute en couleurs, qui a mobilisé 300 personnes – enfants, ados, animateurs, élus, bénévoles…

À la sortie du paddock, Théo ajuste son casque, concentré, et avance vers la ligne de départ avec toute la détermination du monde. Ses copains vérifient une dernière fois que la mécanique est bien huilée : les roues, la direction, les poignées de poussée… Tout à l’air en place. Au micro, Yoan, jeune bénévole, annonce la prochaine épreuve et chauffe le public à blanc comme s’il avait fait ça toute sa vie. Mélanie, la coordinatrice de l’événement, court un peu partout et s’époumone dans son talkie-walkie. À l’autre bout du fil, la régie du grand-prix reçoit l’autorisation de lancer la course. Un autre bénévole s’avance près de la piste et brandit le drapeau à damier. Autour du circuit, certains retiennent leur souffle, d’autres scandent le nom de leur équipe, de leur ville ou de leur centre de loisirs. Adultes et enfants sourient, encouragent, chantent… Il fait beau aujourd’hui à Issoire. Ce n’était pas gagné d’avance.

La voiture de Théo et son équipe vient se positionner pile sur la ligne de départ et mord même un petit peu, ce que ne manquent pas de relever leurs adversaires. Théo jette un coup d’œil sur sa gauche et scrute d’un regard compétitif la « caisse à savon » de ses concurrents. Imitation voiture de course italienne, peinture noire, simili compteur de vitesse, pot d’échappement et faux injecteurs… C’est sûr, elle en jette ! Mais pas de quoi faire trembler Théo qui appuie sur le bouton « rec » de sa caméra embarquée. C’est l’heure. Le speaker annonce le départ. Le drapeau à damier s’agite et tout ce petit monde s’élance sur la piste, zigzague, double, pousse, court dans un défilé de lignes droites, lacets et chicanes, tracés sur l’herbe, entre les bottes de pailles.

À la sortie du troisième virage, crac, la voiture de Théo perd une roue. Son équipe est distancée mais redouble d’efforts pour essayer de combler son retard. Trop tard, ils finiront derrière : « Pas grave, le principal c’est de s’amuser et puis on pourra se rattraper à la prochaine épreuve », assure le jeune ado de 13 ans. C’est vrai, le plus important ce n’est pas tant la course en elle-même. « C’est un projet au long-cours et aujourd’hui, ce qui compte c’est la rencontre, l’aspect festif », souligne Gilles de Rosa, délégué des Francas. « C’est l’aboutissement d’une aventure. Il faut former une équipe, construire un véhicule avec des contraintes techniques, en utilisant des outils, des matériaux de récupération, le décorer, le tester, trouver ensemble des solutions aux problèmes… »

Du paddock au circuit, tout un village éducatif

Au pôle « mécanique », la petite équipe malheureuse cherche ce qui a causé l’avarie de leur bolide. Heureusement, ils ont à leur disposition des pièces de rechange, tous les outils nécessaires et les animateurs pour les épauler. Il faut remplacer la roue et renforcer les fixations… Alors on bricole. Tout autour, des tentes matérialisent les différents espaces du paddock. Un médecin de la commune a accepté de tenir l’infirmerie, avec l’aide d’un étudiant en première année. Au stand « communication », Hanan, de la Maison des jeunes d’Issoire, change l’objectif de sa caméra et fait les balances de son micro pour interviewer les participants. Un peu plus loin, sous une autre tente, des bénévoles des Francas animent des groupes d’enfants autour de jeux en bois tandis que les volontaires d’un chantier international de jeunes proposent un atelier jonglage. Dans le gymnase attenant, un espace repos et lecture a été aménagé pour permettre à chacun, notamment aux plus petits, de souffler un peu, loin de l’agitation du grand-prix. Toute la journée, le complexe « du bout du monde », c’est son nom, vit au rythme d’un village avec ses quartiers, ses habitants, ses activités. Il règne une ambiance joyeuse et bienveillante. Chacun met la main à la pâte, on discute, on échange, on s’entraide, on partage… La compétition passe souvent au second plan.

« Il y a différentes catégories et différentes épreuves », explique Mélanie, l’animatrice départementale des Francas du Puy-de-Dôme en charge de l’événement. « Les moins de 6 ans ont construit et décoré des caisses à bretelles tandis que les plus grands ont élaboré de vrais push-car. Il y a ensuite plusieurs épreuves : le pousse-push est un concours de distance en roues libres, le push-cross est un relai avec obstacles et enfin la traditionnelle Push-car Cup. On récompense  la rapidité, bien sûr, mais aussi et surtout la technique, l’originalité et la démarche de l’équipe. D’ailleurs, le prix le plus important, le Push-Car Award, est attribué au meilleur carnet de bord, celui qui explicite le mieux toute la démarche que l’équipe a employé pour fabriquer son véhicule. »

En fin d’après-midi, une courte pluie soudaine ne gâche rien à la fête, au contraire, elle rafraichit tout le monde et disparait comme elle est arrivée. Pendant le goûter, les jurys font les comptes sans se priver de se concerter avec qui veut donner son avis : un voisin, un parent, un ami. Tout le monde afflue autour du podium. Le maire d’Issoire est là, tout comme le président de la communauté de communes. Grâce à des partenariats locaux, tous les enfants reçoivent un petit quelque chose même s’ils n’ont remporté aucune épreuve. Tout le monde applaudit joyeusement avec beaucoup de fair-play et il ne restera plus qu’à tout remballer, démonter, plier, détacher, dévisser… Ce qui est bien, c’est qu’ensemble, c’est vite fait. On est quand même bien lessivé ! Et déjà, on se dit « à l’année prochaine ».

 

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